CFP/Appel à contributions

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Ce colloque propose de mettre en relation corps et politique en prenant ces deux termes dans leurs dimensions littérale et pratique, plus que symbolique et métaphorique. Le corps en politique s’entend en premier lieu comme le corps au service de la politique, le corps pour la politique. Toutefois, la proposition réciproque est tout aussi propice à l’analyse d’une multiplicité d’objets dans le monde anglophone. Le corps en politique, en effet, peut aussi être abordé avec la perspective inverse de la politique pour le corps et de l’emprise du politique sur les corps.

On privilégiera donc ici deux angles d’approche : le premier concevra le corps comme un instrument politique, un outil d’expression individuelle ou collective, dont il est fait un usage manifeste dans des contextes de mobilisations et revendications politiques. Le second envisagera le corps comme cible et réceptacle des actions politiques. On se penchera alors sur le gouvernement des corps et la manière dont la politique agit physiquement sur les corps, de manière positive (protection, défense, promotion des corps) ou négative (asservissement, oppression, persécution). L’objectif est d’envisager les corps individuels et collectifs dans un double rapport gouvernant/gouverné, afin de dégager les différentes manières dont les corps s’expriment dans le cadre politique et dont la politique s’imprime sur les corps.

Axe 1. Le corps, instrument politique

Le déploiement des corps dans l’espace public et son impact visuel et symbolique sont rarement étudiés en tant que tels. Pourtant, nombreux sont les moments de l’histoire des mouvements sociaux, progressistes ou réactionnaires, où les combats politiques se sont traduits en termes d’occupation physique d’un espace concret ou symbolique. Les luttes sociales, anticoloniales, antiracistes, féministes, LGBT ou encore pro-life ont mis en œuvre des usages politiques des corps : marches, sit-ins, die-ins, défilés festifs, ou campements de type « occupy » sont autant de mobilisations physiques qui ont donné corps, voix et visages à des idées politiques. Le corps peut y être célébré en tant que socle d’un sujet exalté dans sa matérialité (tel lors des manifestations de la Gay Pride) ou mis en danger dans des moments plus radicaux pour devenir le terrain organique et viscéral de la confrontation politique (comme lors des grèves de la faim de suffragettes ou de prisonniers irlandais). Pourquoi de telles pratiques protestataires restent-elles des moyens de lutte privilégiés dans le registre de l’affrontement démocratique ?

On pourra s’interroger sur la matérialité de ce genre d’engagement dans le temps long, autrement dit, sur les traces que laissent ces mobilisations très physiques. Comment l’historien peut-il se saisir de ces effets d’occupation physique, au-delà des slogans ou des chiffres ? La représentation de ces corps engagés joue un rôle déterminant dans la mémoire politique. Lorsque les premières photographies de manifestations à Kennington Common à Londres en 1848 ont été retrouvées en 1977, les historiens des mouvements sociaux ne se sont-ils pas empressés de compter ces corps qui emplissaient l’espace, de scruter leur orientation sur les images, leur langage, pour en cerner le degré d’engagement?

La question de la matérialité et de la durée pourra aussi permettre d’envisager des pratiques d’expressions politiques qui allient l’intimité de la chair à la revendication identitaire publique et où les corps portent les marques choisies de l’identité (à travers des tatouages, piercings ou implants) et apparaissent en eux-mêmes comme des instruments de la construction ou de la déconstruction de soi, au-delà des déterminismes biologiques et en réaction aux normes de l’apparence (comme en attestent les jeux de genre, les distorsions de la masculinité ou de la féminité dans l’apparence, voire de la sexualité dans la trans-identité).

Le corps comme instrument politique n’est cependant pas l’apanage de la contestation. Il peut aussi être instrumentalisé par ceux qui gouvernent ou sont en campagne. On pourra donc entendre « les corps en politique » comme ceux des hommes et des femmes politiques, monarques, présidents, ministres ou candidats, qui font l’objet d’attention et de mises en scène (exaltation de la force physique d’Henri VIII dans les portraits de Holbein, dissimulation du handicap dans les photographies de Roosevelt, culture d’un corps sain par Barack et Michelle Obama). L’apparence, la silhouette, le style vestimentaire, le régime alimentaire, la vie biologique et sexuelle, sont scrutés par les différents médias, comme si les discours politiques étaient mis à l’épreuve du langage des corps.

Axe 2. Le corps, objet de la politique

L’étude des corps soulève aussi des questions philosophiques, morales et juridiques fondamentales. Les premières notions de droit individuel énoncent la nécessité de protéger les corps contre l’assassinat et l’emprisonnement arbitraire : la notion d’Habeas Corpus, au fondement du droit anglo-saxon et invoquée de longue date par les militants et prisonniers (y compris dans des lieux d’incarcération récents comme Guantanamo), est incontournable dès lors que l’on s’intéresse à cette intersection entre politique et corps. La protection du corps est au fondement du droit en général, des droits individuels et de questions éthiques et morales diverses, dont certaines très contemporaines (comme le droit des femmes à disposer de leur corps, le droit à l’avortement ou l’assistance médicale en fin de vie). Comment ces problématiques se sont-elles exprimées dans le débat public, juridique ou politique, et comment ont-elles été représentées dans la culture visuelle ?

On pourra ensuite s’interroger sur le corps comme enjeu principal du champ politique, où le pouvoir consisterait en une emprise sur les corps, un « biopouvoir » (Foucault) ou encore un « gouvernement des corps » (Fassin et Memmi). Ici l’exploration des pratiques d’assujettissement, voire d’aliénation, des corps au travail paraît particulièrement intéressante. On pourra ainsi étudier les conditions de travail dans le système de production capitaliste, la régulation et le contrôle social des travailleurs, notamment dans la période récente où de nouvelles « zones grises » d’emploi ont vu le jour.

Hors du champ du travail, des pressions s’exercent aussi sur les corps des citoyens, qui sont enjoints de répondre à des normes et de se conformer à des usages dont la définition est éminemment politique. On pourra s’interroger tout d’abord sur la gestion des corps oisifs, qui peuvent subir des pressions sociales, à travers la normation des activités de loisirs par exemple, ou au contraire être érigés en « art de vivre » et critique de la société (comme le fait Stevenson dans Une apologie des oisifs). Qu’en est-il ensuite des corps malades, handicapés, âgés, en fin de vie ou dépendants, qui sont soumis à toutes sortes d’encadrement, de stigmatisation, voire de répression ?

Seront particulièrement bienvenues les propositions mettant en œuvre une approche empirique et historicisante des relations entre corps et politique ; celles privilégiant les études de cas ; ou celles s’inscrivant dans une perspective transdisciplinaire.

Pour leur envoi ainsi que pour toute question relative au colloque, merci d’écrire à CIMMA2016@hotmail.com

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